Le dépistage néonatal constitue un levier clé pour la prise en charge précoce des maladies rares. En France, il s’est progressivement élargi, intégrant de nouvelles pathologies et technologies. Le lancement du 4ᵉ Plan national maladies rares (PNMR4) marque une avancée majeure avec le soutien aux projets pilotes de dépistage néonatal intégrant les techniques génomiques, ouvrant ainsi une nouvelle voie dans l’identification précoce des maladies rares.

"Trois millions de Français sont atteints d’une maladie rare, et l’errance diagnostique demeure un défi majeur", a rappelé Yannick Neuder, ministre chargé de la Santé, lors de l’annonce du PNMR4 le 25 février 2025.

L’objectif est d’intervenir avant l’apparition des symptômes. "L’identification précoce par un marqueur génétique permet d’intervenir en amont de la destruction des motoneurones", a de son côté expliqué le Pr Vincent Logel, le 11 février dernier, lors d’un colloque sur les maladies rares organisé par le magazine Pharmaceutiques.

Expérimentations internationales et perspectives françaises

À l’international, plusieurs projets évaluent la faisabilité du dépistage génomique. Aux États-Unis, le projet Guardian prévoit le séquençage du génome de 100 000 nouveau-nés sur cinq ans. Les résultats intermédiaires sur les 4 000 premiers bébés sont prometteurs : "Nous avons identifié environ un enfant sur 700 présentant une pathologie qui échappe aux tests traditionnels. De plus, l'acceptation par les familles est encourageante : près de 70 % des parents ont donné leur consentement", a indiqué le Dr Alban Ziegler, généticien au CHU de Toulouse, participant à l’étude.

"Nous avons identifié environ un enfant sur 700 présentant une pathologie qui échappe aux tests traditionnels"

En Europe, le programme Screen for Care, mené par l’Allemagne et l’Italie sur 20 000 nouveau-nés, adopte une approche plus ciblée en analysant 245 gènes associés à des pathologies traitables. Selon la Pr Laurence Faivre, généticienne au CHU Dijon Bourgogne, cette approche limite les questions éthiques liées aux variants génétiques de signification incertaine.

En France, le projet Perigenomed, qu’elle pilote, lancé en 2025 et inspiré de Guardian, teste une approche similaire avec une liste de gènes évolutive.

Enjeux et défis du dépistage génomique

L’extension du dépistage néonatal aux analyses génomiques soulève plusieurs questions : consentement parental, gestion des données et suivi médical. "Dépister ne suffit pas, il faut garantir un parcours de soins structuré et équitable", a souligné le Dr Paul Brégeot, du Centre national de coordination du dépistage néonatal.

L’acceptabilité sociale du dépistage est un autre défi. La Pr Laurence Faivre insiste sur l’importance d’une information prénatale claire et précoce pour favoriser l’adhésion des familles.

L’interprétation des résultats représente également un enjeu majeur. Le Dr Alban Ziegler rappelle la nécessité d’un équilibre entre faux positifs et faux négatifs : "On pense qu’avec l’expérience, on peut diminuer ces faux négatifs et ces faux positifs, donc arriver avec un examen de dépistage plus performant au final."

Enfin, la structuration des filières de soins est essentielle. Les maladies dépistées nécessitent souvent un suivi à vie. Il faut donc renforcer les structures d’accompagnement dès le diagnostic, souligne le généticien toulousain.

Avec le PNMR4, la France amorce un tournant en intégrant la génomique dans le dépistage néonatal. Une avancée qui devra s’accompagner de mesures garantissant un accès équitable aux soins, un cadre éthique clair et une recherche continue sur l’impact de ces nouvelles approches.

Pierre Derrouch