Les organoïdes sont de petites structures cellulaires cultivées en laboratoire à partir de cellules humaines. Ces modèles 3D reproduisent certains aspects des organes réels et permettent d’améliorer la compréhension de maladies comme le cancer du pancréas ou les troubles neurologiques. Ils offrent une alternative prometteuse aux méthodes classiques et ouvrent la voie à des traitements mieux adaptés à chaque patient.

Parmi les pathologies évoquées, le cancer du pancréas est l’un des plus difficiles à traiter, avec un faible taux de survie et peu d’options thérapeutiques. Pour y remédier, des chercheurs ont développé des organoïdes tumoraux, c’est-à-dire des mini-tumeurs cultivées en laboratoire à partir des cellules des patients. Ces modèles permettent de tester différents traitements avant de les administrer.

Une étude publiée en 2024 dans Gastroenterology a porté sur 87 patients atteints d’un cancer avancé du pancréas. Les scientifiques ont prélevé des échantillons tumoraux pour créer des organoïdes, une opération réussie pour 62 % des participants. Une fois développées, ces mini-tumeurs ont été exposées à 25 médicaments anticancéreux, y compris certains déjà utilisés pour d’autres cancers.

Les organoïdes ont permis d’évaluer la pertinence des traitements avec une précision de 83,3 % pour identifier une thérapie efficace 

Les résultats sont encourageants : 91 % des patients ont obtenu au moins un traitement potentiellement efficace, avec en moyenne trois options adaptées par personne. De plus, les organoïdes ont permis d’évaluer la pertinence des traitements avec une précision de 83,3 % pour identifier une thérapie efficace et 92,9 % pour éviter un traitement inadapté. Cette approche pourrait donc aider à mieux sélectionner les médicaments et éviter aux patients des effets secondaires inutiles.

Une avancée contre le cancer du pancréas

Une autre avancée concerne les patients porteurs d’une mutation du gène KrasG12D, impliqué dans la progression du cancer. Normalement, ce gène agit comme un interrupteur qui contrôle la croissance des cellules. Mais avec cette mutation, il reste bloqué en position "allumée", entraînant une prolifération incontrôlée. Un traitement combinant un inhibiteur ciblé du KrasG12D et une thérapie anti-EGFR a montré des résultats prometteurs. Ce type de thérapie bloque une autre voie de signalisation impliquée dans la croissance des cellules cancéreuses, offrant une piste encourageante contre ces formes agressives de la maladie.

Bien que ces résultats doivent être confirmés par des essais cliniques plus larges, ils marquent un progrès important vers une oncologie plus personnalisée. Grâce aux organoïdes, tester les traitements en laboratoire avant de les administrer aux patients pourrait devenir une réalité, évitant ainsi des thérapies inefficaces et leurs effets secondaires. Cette approche pourrait améliorer la prise en charge des cancers agressifs et prolonger l’espérance de vie des malades.

Toutefois, ces mini-cerveaux ont une limite majeure : l’absence de vaisseaux sanguins

Un nouvel espoir pour la recherche neurologique

Au-delà du cancer, les organoïdes ouvrent aussi des perspectives en neurologie. Le cerveau humain est difficile à étudier, et les modèles animaux présentent des limites : par exemple, le cerveau des rongeurs diffère fortement du nôtre. Une avancée récente, publiée en 2024 dans le Journal of Cellular and Molecular Medicine, propose une alternative avec des organoïdes cérébraux à même de modéliser des troubles comme l’autisme, la microcéphalie ou la schizophrénie.

En utilisant des cellules souches pluripotentes (capables de se transformer en différents types cellulaires), les chercheurs ont réussi à recréer en laboratoire des structures neuronales ressemblant à un cerveau en développement. Ces modèles permettent d’étudier des maladies rares, jusque-là difficiles à analyser.

Toutefois, ces mini-cerveaux ont une limite majeure : l’absence de vaisseaux sanguins, ce qui empêche les cellules de recevoir suffisamment d’oxygène et de nutriments pour fonctionner normalement. L’étude propose plusieurs pistes pour contourner ce problème, notamment en intégrant des cellules capables de former un réseau vasculaire.

Malgré ces défis, les organoïdes cérébraux et tumoraux offrent de nouvelles perspectives médicales. À terme, ces modèles pourraient non seulement aider à personnaliser les traitements, mais aussi accélérer la découverte de nouvelles thérapies.

Pierre Derrouch