Entre initiatives cliniques, perceptions métiers et stratégies institutionnelles, l'actualité de l'IA en santé ne cesse de s'accélérer. Du congrès HIMSS aux dispositifs français d'accompagnement, voici une petite sélection de ce qui bouge vraiment.

L’intelligence artificielle fait désormais partie des "VIP" au congrès HIMSS (Healthcare Information and Management Systems Society). Parmi les initiatives remarquées lors de l'édition 2025 qui s’est tenue à Las Vegas du 6 au 9 mars, citons celle du Seattle Children's Hospital. Le docteur Zafar Chaudry, Chief AI Officer de l'établissement, a présenté l’usage d'un algorithme pour réduire l’utilisation des opioïdes en chirurgie pédiatrique, susceptibles de provoquer une addiction chez les jeunes patients. Cette solution a permis d’identifier des combinaisons médicamenteuses alternatives, sans opioïdes, pour assurer l’anesthésie et la gestion de la douleur. "Grâce aux outils d’IA, 100 % de nos chirurgies ambulatoires sont aujourd’hui réalisées sans opioïdes, et 50 % de nos interventions avec hospitalisation également", explique le spécialiste sur HIMSS TV. 

"Grâce aux outils d’IA, 100 % de nos chirurgies ambulatoires sont aujourd’hui réalisées sans opioïdes, et 50 % de nos interventions avec hospitalisation également"

Autre exemple mis en avant à Las Vegas : l’algorithme Know Thy Patient (KTP), développé par le Parkland Center for Clinical Innovation (PCCI) à Dallas. Cet outil d’aide à la décision cible les patients diabétiques et hypertendus, en intégrant les déterminants sociaux et environnementaux (conditions de logement, transport, couverture santé, usage du numérique) souvent sous-déclarés dans les dossiers médicaux. Il permet de repérer des risques cachés et d’ajuster les interventions cliniques en conséquence. Le rapport annuel 2025 du PCCI indique que ces analyses orientent désormais les programmes de santé populationnelle du Parkland Hospital, avec des actions ciblées sur des groupes de patients vulnérables. 

L'IA vue par les métiers de la santé

Côté imagerie médicale, l’IA est déjà bien implantée. Mais ses effets sur les métiers restent à affiner. Si l’impact sur les radiologues est fréquemment abordé, les manipulateurs en électroradiologie sont moins souvent évoqués. Une étude publiée en février 2025 dans Insights into Imaging - revue de la Société européenne de radiologie - apporte un éclairage intéressant. Basée sur une enquête menée auprès de 2 206 professionnels dans 37 pays, elle révèle une perception globalement positive mais nuancée. La majorité estime que l’IA ne les remplacera pas, mais automatisera certaines tâches techniques (réglages, contrôle qualité, traitement d’images), leur permettant de se recentrer sur l’accompagnement et la relation patient. 

Des disparités apparaissent : les hommes sont plus optimistes sur l’évolution technologique du métier, tandis que les femmes valorisent davantage les aspects humains. Les plus jeunes, quant à eux, expriment davantage d’inquiétudes : un tiers craint une réduction des débouchés, et la moitié n’a reçu aucune formation à l’IA. L’expérience et la formation semblent donc clés dans l’acceptation de ces outils.

Et en France ?

L’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (ANAP) souligne que l’IA est en train de transformer les pratiques et les organisations. Avec l’appui de la DGOS, elle a lancé en mars 2025 un observatoire des usages de l’IA en santé recensant une cinquantaine de cas concrets : du diagnostic à la gestion des ressources humaines, en passant par l’administratif ou le parcours patient.

Un guide pratique — Déployer une IA en toute confiance — est mis à disposition, et plusieurs expérimentations sont en cours. Exemple récent : un challenge d’optimisation des plannings, organisé début mars avec 19 cadres de santé. Les 4 premières solutions retenues étaient toutes dotées d’une IA. L’ANAP prévoit de poursuivre cette dynamique, notamment lors de la journée nationale "Perf.IA", programmée le 14 octobre 2025, avec des retours d’expérience terrain.

Pierre Derrouch