Face à un déficit massif d’information et de prise en charge, le rapport Rist sur la ménopause propose une stratégie nationale. Il mise sur la prévention, l’organisation des soins et les solutions numériques. Les FemTech y ont leur place.

Aujourd’hui en France, 17,2 millions de femmes de plus de 45 ans sont concernées par la ménopause. Parmi elles, 87 % ressentent des symptômes, parfois sévères, mais seules 2,5 % ont eu accès à un traitement hormonal en 2024. Ce que documente le rapport de Stéphanie Rist, remis le 9 avril 2025, à partir de plus de 1 300 témoignages de femmes sur leur vision de la ménopause, leur niveau d’information ou leur vécu. La députée du Loiret, médecin de formation, y formule 25 propositions concrètes sur l’information, la prévention, la prise en charge médicale et l’adaptation des conditions de travail. Le numérique fait partie des leviers d’amélioration. Le rapport encourage la collaboration entre acteurs publics et solutions technologiques existantes. Il mise notamment sur Mon Espace Santé et les applications mobiles spécialisées pour améliorer la reconnaissance précoce des symptômes et diffuser une information fiable. La recommandation n°5 propose "d’utiliser les réseaux sociaux et le numérique comme une force et une opportunité pour informer, et non comme une source de défiance", en soutenant des partenariats avec des applications FemTech crédibles.

La FemTech en appui 

Juliette Mauro, fondatrice de My S Life et cofondatrice de l’association FemTech France, salue les orientations du rapport : "La ménopause, ce n’est pas seulement des bouffées de chaleur. C’est plus de 35 symptômes, des troubles musculosquelettiques, des impacts sur le sommeil, la concentration, l’estime de soi… Cela peut mener au temps partiel, voire à une retraite anticipée." Elle ajoute : "Le sujet est mûr, les attentes sont fortes, et des solutions existent déjà. Il est temps d’ouvrir le dialogue en entreprise, de lever les tabous, et d’agir concrètement."

"La ménopause, [...] c’est plus de 35 symptômes, des troubles musculosquelettiques, des impacts sur le sommeil, la concentration, l’estime de soi… Cela peut mener au temps partiel, voire à une retraite anticipée."

"Grand jour pour la France et pour les femmes aujourd’hui !", a réagi de son côté Mathilde Nême, fondatrice d’Omena, une application qui propose un suivi personnalisé des symptômes. D’autres initiatives françaises émergent également, comme Ventilo Care. Toutes s’emploient à répondre à un besoin médical autant que social. Le podcast Chaud Dedans, lancé en 2023 par la journaliste Claire Fournier, participe lui aussi à la déstigmatisation de cette étape de vie.

Ces démarches s’inscrivent dans un écosystème encore fragile. Si le rapport ne formule pas de cadre spécifique pour les outils numériques, il insiste sur la nécessité de recommandations claires de la Haute Autorité de Santé et d'une meilleure formation des professionnels, pour garantir la fiabilité des approches en général. Il préconise également de renforcer la recherche sur la ménopause et de mieux intégrer cet enjeu dans les politiques publiques de santé. Sont notamment proposées : la création de parcours de soins personnalisés, l’intégration du sujet dans le bilan prévention à 45 ans, et la reconnaissance du rôle des sages-femmes dans les traitements non complexes.

Sur le plan clinique, des mesures structurantes sont envisagées : consultations longues spécifiques, accès élargi au traitement hormonal, développement du télésuivi. Le numérique pourrait y jouer un rôle central, en facilitant l’auto-évaluation, l’orientation et l’accompagnement au quotidien. "La mission a pu repérer de bonnes pratiques locales et des initiatives émergentes grâce au numérique et aux réseaux sociaux, embryonnaires mais qu’il convient de pouvoir soutenir et développer", note le rapport. À condition de leur offrir un soutien institutionnel et une meilleure reconnaissance, les FemTech peuvent devenir des leviers pour faire enfin de la ménopause un enjeu de santé publique à part entière.

Pierre Derrouch