Depuis le 5 avril 2025, les États-Unis appliquent un droit de douane de 10 % sur la plupart des produits importés. Pour l’Union européenne, la surtaxe a été portée à 20 % dès le 9 avril, bien qu’un sursis ait été accordé jusqu’au 9 juillet dans un décret exécutif signé du locataire de la Maison Blanche. Les médicaments sont pour l’instant exemptés, mais l’administration Trump a prévenu qu’ils pourraient bientôt être inclus.

 

Dix pour cent… Ce n’est pas le nom d’une série qui a fait les beaux jours de France 2 à partir de 2015, mais le taux inaugural d’une montée en puissance des droits de douane américains, inaugurée il y a 2 mois. L’apparente "bienveillance" à l’égard des produits de l’industrie pharmaceutique passera-t-elle la saison 1 ? Un décret présidentiel a aussi diligenté une enquête pour évaluer si les importations de produits pharmaceutiques et d'ingrédients pharmaceutiques menacent la sécurité nationale des États-Unis.

Si les médicaments étaient frappés de tarifs similaires à ceux de l’acier ou de l’automobile (25 %), c’est tout le modèle d’approvisionnement mondialisé qui serait remis en cause. Les ténors de l’industrie pharmaceutique française ne sont pas sereins. Le choc d’une hausse radicale serait majeur. À titre d’exemple, les États-Unis représentent près de 47 % du chiffre d’affaires de Sanofi au premier trimestre 2025. Une taxe douanière renchérirait les coûts et affaiblirait la compétitivité sur le premier marché mondial. L’industrie pharmaceutique, jusqu’ici épargnée par le protectionnisme, voit le climat changer depuis le retour de Donald Trump, rapportait Sud Radio le 15 mai dernier. Donald Trump critique de longue date la dépendance américaine aux médicaments importés, notamment d’Irlande et d’Allemagne, et l’a rappelé en avril dernier lors d’une allocution : "Nous ne fabriquons plus nos propres médicaments. Les entreprises pharmaceutiques sont en Irlande et dans beaucoup d'autres endroits [comme la] Chine".

L’industrie française sur le qui-vive

Face à ces tensions, les groupes français réagissent. Mais est-ce dans le bon sens ? Le Leem (Les Entreprises du Médicament) est sorti de sa réserve lors du salon SantExpo le 20 mai. Sa directrice générale, Laurence Peyraut, a déclaré : « La politique américaine actuelle a déjà pour conséquence de focaliser outre-Atlantique l’investissement des industriels de la pharmacie, avec 250 milliards de dollars annoncés ces dernières semaines », comme le rapporte Pharmaceutiques dans son édition du 21 mai.

Sanofi a officialisé mi-mai un plan d’investissement de 20 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2030, destiné à renforcer sa recherche et ses usines. "Ces investissements contribueront à garantir la production de médicaments essentiels aux États-Unis", a affirmé Paul Hudson, son PDG dans les colonnes du Figaro le 14 mai dernier. Novartis, Eli Lilly et Bayer ont adopté des stratégies similaires.

Le gouvernement français n’a pas du tout goûté l’annonce de Sanofi. Le ministre de l’Économie a parlé d’un "mauvais signal" pour l’Europe le 15 mai dernier sur BFMTV, tandis que la CGT Sanofi a dénoncé le même jour dans un communiqué "une délocalisation massive de la recherche". Plusieurs PME françaises redoutent un effet domino sur les sous-traitants, notamment dans la chimie fine et le conditionnement.

Des laboratoires comme Ipsen et Servier, eux aussi exposés au marché américain, s’inquiètent. Le 8 avril, plusieurs dirigeants européens, dont ceux de Sanofi, Bayer et Ipsen, ont exhorté Ursula von der Leyen à réagir. Dans un communiqué commun relayé par l’EFPIA, l’European federation of pharmaceutical industries and associations, ils ont prévenu que les surtaxes américaines "accéléreraient l’abandon de l’Europe par l’industrie".

Côté Suisse, on applique semble-t-il une autre recette. On apprend dans un communiqué du Secrétariat d’État à l’économie daté du 02 juin que les exportations de produits pharmaceutiques notamment vers les États-Unis se sont envolées. Une croissance "qui suggère un possible effet d’anticipation lié à la politique commerciale américaine." Dis autrement, il y a le feu au lac, même hors de l’Union européenne.

À l’approche de l’échéance du 9 juillet, Bruxelles tente de négocier avec l’administration américaine. Les industriels espèrent une montée en charge progressive des taxes, étalée sur plusieurs années, en échange d’engagements à relocaliser partiellement leur production. La filière française reste en alerte, forte du conseil du président américain qui ménage le suspense : "Restez sur vos gardes". Un art consommé du teasing dont se passeraient bien volontiers les industriels du secteur.