Grâce à sa technologie d’eye-tracking pour observer l’activité oculaire et sa collaboration avec l’Institut du cerveau, Neuroclues rend accessible, en quelques minutes, un examen jusque-là réservé à la recherche. Échange avec ses fondateurs Antoine Pouppez et Pierre Pouget.
NeuroClues ambitionne d’offrir aux neurologues le "stéthoscope du cerveau". Comment cela fonctionne-t-il ?
Antoine Pouppez. Il faut savoir que tout changement d’activité de certaines régions du cerveau va se traduire par une modification du mouvement oculaire. Ces mouvements sont le reflet direct de l’activité cérébrale. Le fonctionnement du cerveau est encore mal compris, mais il existe un lien causal entre mouvement oculaire, région du cerveau et pathologie. L’activité du neurologue est avant tout d’observer, quand il fait l’exercice du "suivez mon doigt" par exemple. Nous avons été surpris de constater que, malgré plus de 60 ans de recherche sur les mouvements oculaires, l’eye tracking restait peu utilisé en clinique. Nous avons donc développé un outil capable
de quantifier les mouvements oculaires et de les comparer à des normes de référence pour des sujets contrôle, fournissant des résultats interprétables en quelques minutes.
Comment s’est construite la collaboration avec l’Institut du cerveau (ICM) ?
Pierre Pouget. Au sein de l’Institut, je dirige une plateforme spécialisée dans l’étude des mouvements. Nous avons voulu donner aux professionnels de santé accès à des outils de laboratoire. L’ICM a soutenu le projet avec son incubateur iPEPS, et nous avons pu intégrer
les technologies à des études de grande ampleur, comme la cohorte Iceberg pour la maladie de Parkinson. Aujourd’hui, nous collaborons aussi avec la mégacohorte Constances, ce qui permettra d’établir des normes de référence par âge et sexe. Ce socle scientifique fait de nous un partenaire crédible auprès des hôpitaux, CRO ou acteurs pharmaceutiques, y compris à l’international.
Face au doublement attendu des maladies neurodégénératives d’ici à 2040 et au manque de neurologues, il est important de proposer des outils accessibles et efficaces
Comment s’intègre neuroClues dans la pratique clinique ?
A. P. Plus de 60 cliniciens ont participé à la conception du produit pour saisir les contraintes opérationnelles. Aujourd’hui, neuroClues est couvert par toutes les réglementations européennes. Un médecin et une designeuse l’ont rendu facile à adopter. Le dispositif ne nécessite aucune calibration patient avant utilisation et offre des mesures standardisées de haute qualité. Il est portable et validé cliniquement auprès de cliniciens non experts.
Quelles perspectives envisagez-vous pour la suite ?
P. P. Après le marquage CE en Europe, notre prochaine étape est l’autorisation FDA pour le marché américain, où nous visons 100 millions de patients potentiels. Notre modèle industriel est pensé pour l’export et reste maîtrisé de bout en bout. Face au doublement attendu des maladies neurodégénératives d’ici à 2040 et au manque de neurologues, il est important de proposer des outils accessibles et efficaces. Grâce à notre ancrage scientifique et à des collaborations internationales, nous voulons faire de Neuroclues un standard mondial de la neurologie de précision.
Propos recueillis par Sasha Alliel