Fruit d’une collaboration avec le CHU de Poitiers, Somno Engineering vise à améliorer la prise en charge des patients en réanimation. En permettant un suivi en continu et automatisé du sommeil, cette innovation améliore à la fois le parcours de soins, le confort des patients et les conditions de travail des soignants. Échange avec Maud de la Belleissue, CEO de Somno Engineering, et Emmanuelle de Lavalette, directrice de recherche au CHU de Poitiers.

Somno Engineering est né de votre rencontre avec le Pr Xavier Drouot, spécialisé dans le sommeil en réanimation au CHU de Poitiers. Comment celle-ci a-t-elle débouché sur votre solution ?

Maud de la Belleissue. Ensemble, nous avons conçu un dispositif capable d’enregistrer et d’analyser automatiquement l’activité cérébrale des patients en réanimation, pour ensuite transmettre les données aux soignants grâce à une application. Quand un patient dort mieux, nous observons qu’il est plus coopérant avec les équipes soignantes. En assurant une meilleure prise en charge du sommeil, nous ambitionnons de réduire la durée de séjour, la consommation de soins et de garantir une meilleure issue pour les patients.

Comment fonctionne votre solution pour adapter les soins au rythme de sommeil du patient ?

M. B. Il s’agit d’un enregistreur de l’activité cérébrale combiné avec un algorithme d’analyse automatique et une application numérique qui permettent aux soignants d’adapter les soins et l’environnement à leurs patients et d’offrir une médecine personnalisée.

Emmanuelle de Lavalette. Nous parlons de patients dans un état grave, en unité de soins critiques, pour lesquels un sommeil suffisant et de qualité peut avoir un impact déterminant.

Nous parlons de patients dans un état grave, en unité de soins critiques, pour lesquels un sommeil suffisant et de qualité peut avoir un impact déterminant

Le CHU a joué un rôle moteur dans l’amélioration du dispositif. Pouvez-vous nous expliquer comment ?

M. B. Les équipes soignantes ont été impliquées dès le début, au travers d’études d’usage, puis tout au long du développement. L’intégration passe par un accompagnement de terrain, avec des formations courtes, même de nuit, et une écoute active des équipes. Ce dialogue récurrent favorise l’adhésion, et donne aux soignants un rôle moteur dans la conduite du changement.

E. L. Une première étude clinique intégrant une soixantaine de patients a démarré au CHU en 2023. Elle a permis de démontrer une amélioration de la qualité du sommeil liée au dispositif médical. Nous sommes passés d’un besoin clinique à une solution concrète, aujourd’hui marquée CE. Le CHU est fier d’avoir accompagné cette innovation née à Poitiers et qui, par ricochet, le fait rayonner à l’international.

Justement, comptez-vous exporter le dispositif dans d’autres zones géographiques ?

M. B. Nous avons déposé un dossier auprès de la FDA et sommes déjà homologués au Canada et en Europe. Les États-Unis offrent de belles perspectives de collaborations académiques avec des institutions prestigieuses et de grandes universités américaines. Somno Engineering a aussi un intérêt pour la recherche, en plus du volet entreprise.

E. L. Le CHU a créé l’an dernier un tiers-lieu d’expérimentation en santé numérique qui s’adresse aux entreprises et aux chercheurs. Soutenir un projet comme Somno Engineering démontre aux entreprises françaises comme étrangères notre capacité à accompagner une innovation jusqu’à sa mise sur le marché.

Propos recueillis par Sasha Alliel