Suivre sa maladie grâce à son téléphone : telle est la solution développée par Diampark. Son application permet aux patients de mieux comprendre leur maladie et de préparer leur consultation grâce à des neuromarqueurs. Le docteur Caroline Atlani, CEO de Diampark, et Céline Triquel, Head of Open Innovation chez Servier, nous en parlent.

DiamPark a conçu l’application DigiPark comme un compagnon numérique pour les patients atteints de la maladie de Parkinson. Comment fonctionne-t-elle ?

Caroline Atlani. L’application centralise toutes les informations sur la maladie de Parkinson, les prescriptions, l’observance, les symptômes, les activités physiques et la rééducation des patients, tout en mesurant l’intensité des symptômes grâce à des biomarqueurs digitaux. Ainsi, nous transformons des données brutes collectées au travers d’exercices en neuromarqueurs précis et objectifs. Nous proposons aussi un chatbot alimenté par une centaine de questions de patients, dont les réponses sont validées par notre neurologue experte. Cela répond à un véritable besoin : les patients consultent leur neurologue seulement une à deux fois par an. Il est difficile d’avoir une vision globale et précise de leur état. Avec DigiPark, ils arrivent en consultation avec un rapport détaillé, ce qui facilite énormément l’échange avec le médecin et la prise en charge de la maladie.

Comment cette collaboration avec Servier s’est-elle concrétisée ?

C. A. Nous avons organisé quatre workshops avec les équipes R&D monde de Servier. À chaque atelier, une quinzaine de collaborateurs issus des opérations cliniques, des affaires réglementaires, du médical, de l’accès au marché ou encore du marketing étaient présents. Eux-mêmes, en amont, nous transmettaient leurs questions. Cela nous a permis d’expliquer en profondeur comment développer un dispositif médical comme DigiPark, et en quoi nos données peuvent enrichir la compréhension de la maladie et rendre de nouveaux traitements plus bénéfiques.

Céline Triquel. Ce qui nous intéressait, c’était de disposer d’analyses de données processées. Nos équipes de développement clinique avaient besoin d’éléments précis pour mieux segmenter les populations de patients et adapter leurs protocoles.

Il n’est pas toujours simple d’accéder à un spécialiste, donc ces outils numériques peuvent prévenir des dégradations cliniques

Y a-t-il d’autres perspectives au-delà de la maladie de Parkinson ?

C. T. Dès le départ, nous ne voulions pas limiter la réflexion à la seule maladie de Parkinson. D’autres pathologies neurodégénératives sont concernées. En oncologie, certains neuromarqueurs pourraient être suivis, par exemple dans le glioblastome. Cela ouvre des perspectives intéressantes.

C. A. Nous nous sommes aussi inspirés de l’oncologie pour développer notre plateforme de télésurveillance, Digipark Monitor. L’idée est de détecter précocement des complications avant la prochaine consultation, qui peut être éloignée de six mois à un an. Il n’est pas toujours simple d’accéder à un spécialiste, donc ces outils numériques peuvent prévenir des dégradations cliniques. Pour aller plus loin, nous avons conçu une grande étude clinique multicentrique portant sur 300 patients, validée par les autorités de santé, en vue d’un remboursement.

Quelles sont les prochaines étapes pour DiamPark ?

C. A. Nous cherchons désormais à nous développer à l’international. Les États-Unis représentent un marché prometteur, mais le ticket d’entrée est élevé. Nous examinons donc des partenariats et collaborations stratégiques avec des acteurs déjà implantés, afin d’étendre notre impact au-delà de l’Europe.

C. T. Chez Servier, nous restons très attentifs aux avancées de DiamPark et aux potentielles applications de leur technologie dans d’autres indications.

Propos recueillis par Sasha Alliel