Le 27 mars 2025, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié avec l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) un rapport mitigé sur les ruptures d’approvisionnement des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM). Si la situation s’est fortement dégradée entre 2021 et 2023, culminant à 800 versions distinctes de médicaments simultanément en rupture à l’hiver 2022-2023, une légère amélioration a été relevée en 2024, bien que la situation demeure préoccupante.
La première liste officielle de MITM, publiée par l’ANSM fin 2024, comprend 8 107 spécialités pharmacologiques sur les quelque 12 000 commercialisées en France. Certaines classes thérapeutiques sont particulièrement touchées, comme les traitements cardiovasculaires qui concentrent près d’un tiers des déclarations, les médicaments du système nerveux, les antibiotiques et les produits gastro-intestinaux. Les antinéoplasiques, agents immunomodulants et médicaments respiratoires maintiennent un niveau de tension élevé. À noter : depuis le PLFSS 2025, les officines, laboratoires et grossistes-répartiteurs doivent signaler toute indisponibilité avec le système DP-Ruptures, piloté par le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens.
Un système encore vulnérable face aux pénuries
Invitée à commenter ce rapport le jour de sa publication, sur France Info, Laurence Peyraut, directrice générale du Leem, s’est focalisée sur le verre à moitié plein : "Que les Français se rassurent, ça va mieux". Un optimisme tempéré par l’étude, qui souligne que les tensions restent à un niveau historiquement élevé, rendant le problème structurel.
L'étude souligne que les tensions restent à un niveau historiquement élevé, rendant le problème structurel
Les causes avancées de rupture sont majoritairement liées à des difficultés de production ou à des hausses imprévues de la demande. Les problèmes d’accès aux matières premières sont minoritaires. En janvier 2023, près de 8 millions de boîtes manquaient chaque mois dans les pharmacies. Les livraisons ont chuté en moyenne de 11 % lors des ruptures, et de 7 % en cas de risque anticipé.
Autre point de fragilité : la capacité de substitution. En 2021, une présentation en rupture disposait de 5 alternatives en moyenne. Ce chiffre est tombé à 1,6 en 2023, avant de remonter légèrement. Cette réduction du choix thérapeutique accroît l’impact potentiel des ruptures.
Pour faire face, la feuille de route interministérielle 2024-2027 prévoit une meilleure coordination entre acteurs, un suivi renforcé et des outils d’intervention plus réactifs. Mais l’étude rappelle que les données disponibles portent surtout sur l’offre, sans mesurer la demande non satisfaite. La difficulté à anticiper les besoins et à ajuster rapidement les flux d’approvisionnement reste un point de vulnérabilité majeur, soulignent les auteurs du rapport, Gladys Baudet et Clément Dherbécourt.
Avec une chaîne logistique rigide, une dépendance accrue aux flux internationaux et un marché aux prix réglementés, la France fait face à un défi structurel. Selon eux, l’épisode 2021-2023 doit être l’occasion d’une refonte organisationnelle pour éviter la chronicité des pénuries.
Pierre Derrouch
