Si le lien entre pollution atmosphérique et cancer du poumon est aujourd’hui établi, il n’existe pas encore de consensus scientifique pour le cancer du sein. C’est dans ce contexte que les travaux de Delphine Praud, chercheuse en épidémiologie environnementale au Centre Léon Bérard à Lyon, apportent des éléments nouveaux. Présentés lors de la séance du 9 avril 2025 de l’Académie nationale de chirurgie, ils s’appuient sur des analyses de cohorte à long terme et des modèles environnementaux pour mieux comprendre l’impact de la pollution sur la santé des femmes.

L’impact de la pollution de l’air sur la santé est un sujet d’inquiétude croissante dans la population. Les fumées noires provoquées par l’incendie d’un centre de tri sélectif à Paris le 7 avril dernier ont ravivé les préoccupations. Les scientifiques, eux aussi, s’y intéressent de plus en plus : plus de 5 000 études ont été publiées en 2022, alors qu’elles ne dépassaient pas les 1 000 en 2000.

Les polluants atmosphériques sur la sellette

Delphine Praud concentre ses recherches sur le lien entre pollution de l’air et cancer du sein, le cancer le plus fréquent chez la femme. "L’augmentation de l’incidence de ce cancer durant les 30 dernières années laisse à penser un effet des expositions environnementales", souligne-t-elle.

Pour mener à bien son enquête scientifique, elle s’est appuyée sur la cohorte prospective E3N-Générations lancée en 1990 par l’Inserm, l’une des plus importantes études épidémiologiques françaises toujours en cours et qui suit plus de 100 000 femmes affiliées à la MGEN. La chercheuse lyonnaise et son équipe ont comparé les niveaux d’exposition à huit polluants chez 5 222 femmes atteintes d’un cancer du sein issues de cette cohorte et autant de femmes en bonne santé. Les polluants étudiés sont les particules fines (PM₂.₅, PM₁₀), le dioxyde d’azote, le benzo[a]pyrène, les polychlorobiphényles (PCB), les dioxines et le cadmium.

Les résultats ont aussi montré une association entre six de ces polluants et un risque accru de cancer du sein, en particulier chez les femmes vivant en région parisienne ou lyonnaise

Le croisement de ces données avec la géolocalisation des participantes a permis d’évaluer leur exposition individuelle. Une autre étude a également intégré leurs adresses professionnelles et les trajets domicile-travail, moments propices aux pics de pollution. Les récents résultats de ces travaux révèlent une baisse des niveaux globaux de pollution au fil du temps, mais des expositions toujours supérieures aux recommandations de l’OMS. Ils ont aussi montré une association entre six de ces polluants et un risque accru de cancer du sein, en particulier chez les femmes vivant en région parisienne ou lyonnaise. 

Mieux mesurer l’exposition dans le passé

Les recherches se poursuivent. "Nous développons un indicateur rétrospectif d’exposition basé sur la densité de population par commune, pour estimer la pollution avant 1990, période pour laquelle nous n’avons pas de mesures directes", explique la spécialiste.

L’objectif est de mieux comprendre l’effet d’expositions précoces, notamment pendant des périodes de vulnérabilité biologique. L’équipe travaille aussi sur de nouveaux polluants émergents comme le black carbon (issu du diesel) ou le nitrate d’ammonium (provenant de l’agriculture), suspectés d’avoir un rôle dans le cancer du sein. Enfin, la cohorte E3N s’élargit aux enfants et bientôt aux petits-enfants des participantes initiales, pour explorer un éventuel effet intergénérationnel de la pollution de l’air. De quoi nourrir un faisceau d’indices supplémentaires, dans un domaine où les preuves scientifiques manquent encore pour établir un lien de cause à effet. 

Pierre Derrouch 

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