D’ici 2050, l’incidence annuelle du cancer du foie pourrait dépasser 1,5 million de cas dans le monde, contre 870 000 en 2022, selon les projections du Global cancer observatory de l’OMS. Ce doublement attendu place la forme la plus fréquente de cancer du foie, le carcinome hépatocellulaire, parmi les priorités sanitaires mondiales, d’autant qu’il figure déjà au troisième rang des cancers les plus meurtriers, derrière ceux du poumon et du côlon.
Le cancer du foie reste difficile à traiter, avec une survie globale à cinq ans inférieure à 20 %, en raison de diagnostics souvent tardifs. Selon l’éditorial du Lancet publié le 28 juillet 2025, en appui aux travaux de la Commission Lancet sur le cancer du foie, jusqu’à 60 % des cas pourraient être évités par une prévention ciblée de plusieurs causes identifiées : infections chroniques par les virus des hépatites B et C, consommation excessive d’alcool, excès pondéral et troubles métaboliques du foie.
Parmi ces facteurs, la stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique — ou MASLD — occupe une place de plus en plus centrale. Cette maladie chronique, longtemps silencieuse, touche environ un tiers des adultes dans le monde. Elle progresse dans toutes les régions, y compris chez des personnes sans antécédents hépatiques, portée par l’augmentation de l’obésité, du diabète de type 2, de la sédentarité et du vieillissement de la population. Selon une revue publiée en 2024 dans Metabolism, la MASLD serait désormais impliquée dans jusqu’à 38 % des cas de carcinome hépatocellulaire à l’échelle mondiale, ce qui confirme son poids croissant parmi les causes de cancer du foie. En France, une étude de la cohorte nationale NASH CO, conduite par Oumarou Nabi et Karine Lacombe (2020), estime sa prévalence à 18,2 % de la population adulte, avec 2,6 % de cas de fibrose avancée.
L’hépatite B en première ligne
Le virus de l’hépatite B reste la première cause de cancer du foie, notamment en Asie et en Afrique subsaharienne, où la transmission mère-enfant reste fréquente. La Chine concentre à elle seule 42 % des cas mondiaux. La vaccination néonatale est efficace, mais la couverture reste inégale : selon l’OMS, seuls 55 % des nouveau-nés dans le monde reçoivent la première dose dans les 24 heures, seuil pourtant essentiel pour bloquer la transmission. Dans de nombreux pays africains, l’accès reste limité, en raison de contraintes logistiques, de ruptures d’approvisionnement et d’un manque de formation des personnels de santé.
Des analyses récentes confirment l’importance des comorbidités métaboliques : une étude menée par Xie et al. (2024) estime le fardeau mondial du cancer du foie attribuable au diabète de type 2 chez les personnes vivant avec le virus de l’hépatite B.
Dans ce contexte d’augmentation mondiale, la Commission du Lancet insiste sur l’importance de renforcer la prévention des causes identifiables du cancer du foie, d'améliorer l'accès au dépistage et de réduire les inégalités en matière de diagnostic et de soins. Elle estime qu’une baisse annuelle de 2 à 5 % du taux d’incidence permettrait d’éviter jusqu’à 17,3 millions de nouveaux cas et 15,1 millions de décès d’ici 2050.
Pierre Derrouch
