Depuis septembre 2025, le service d’anatomie pathologique du CHU de Nantes a franchi une étape dans la transformation digitale de ses pratiques. Avec la numérisation de lames histologiques, il ouvre la voie à une médecine plus précise et collaborative.
Diagnostic augmenté par l’intelligence artificielle, partage instantané des données et coopération à l’échelle régionale : le CHU de Nantes amorce un tournant avec la numérisation de ses lames histologiques. À la clé, une pathologie plus précise, plus collaborative et tournée vers la médecine personnalisée.
Une rupture technologique au service du diagnostic
Jusque-là observées au microscope, les lames issues de prélèvements tissulaires sont désormais converties en images numériques haute résolution, pouvant atteindre 1,2 Go chacune. Les pathologistes les analysent ensuite directement sur écran, au moyen d’un système dédié de gestion d’images.
Cette transformation des pratiques présente des avantages certains. D’une part, elle améliore la précision diagnostique grâce à des outils avancés d’analyse d’image et à l’intégration de l’intelligence artificielle. D’autre part, elle facilite les échanges entre praticiens, notamment lors des réunions de concertation pluridisciplinaire, où les images peuvent être partagées instantanément.
Au-delà du seul établissement nantais, cette dématérialisation permet également un partage sécurisé des données entre les trois partenaires d’APDiA (Anatomie Pathologique Digitale Atlantique), le CHU de Nantes, le centre hospitalier de Vendée et celui de Saint-Nazaire.
L’intelligence artificielle, moteur d’innovation
Le projet nantais se distingue par une double approche combinant développement interne et intégration de solutions industrielles.
Sur le plan académique, les équipes du CHU conçoivent leurs propres algorithmes. Parmi les avancées notables, figurent des modèles prédictifs appliqués aux cancers féminins, notamment pour l’identification de mutations ou de défauts sur les gènes BRCA, qui contrôlent la division des cellules. L’IA en question a été développée, sous la direction des docteurs Delphine Loussouarn et Claire Toquet, par le Dr Raphaël Bourgade, doctorant à l’École des Mines. Ses travaux de recherche portent précisément sur la prédiction du déficit de recombinaison homologue, un mécanisme naturel de réparation des molécules d’ADN.
Parallèlement, des outils d’IA sont développés en collaboration avec des start-up pour immerger soignants et chercheurs dans un environnement industriel. Une solution dédiée au diagnostic du cancer de la prostate, reposant sur l’analyse d’images pseudonymisées dans un environnement cloud sécurisé, a remporté l’appel d’offres interne au CHU. À la clé : une enveloppe de 150 000 euros. La start-up Aiforia en sera le distributeur.
Du CHU à la région : un projet collectif
Au-delà de la performance technologique, le succès de cette transformation repose sur une mobilisation transversale. Médecins, techniciens, personnels administratifs et direction des services numériques ont étroitement collaboré pour faire aboutir ce projet.
D’ici 2026, l’ensemble des établissements d’APDiA devrait adopter la numérisation des lames histologiques, afin de consolider un écosystème régional propice au développement de la médecine personnalisée et de contribuer à l’essor de la recherche grâce à l’intelligence artificielle.
Sasha Alliel
