L’actualité est propice aux questions de durabilité. Qu’est-ce que cela représente dans le secteur de la santé ?
Clémence Cornet. Après vingt ans dans la mode et l’économie circulaire, j’ai voulu transposer ces démarches dans un secteur où elles restent rares. Avec mon associé, nous avons créé Redeem Medical il y a deux ans. L’idée est de structurer une filière de réemploi pour les petits dispositifs médicaux, comme les orthèses et les attelles. Nous estimons à 60 millions le nombre de ces dispositifs qui dorment
dans les placards, alors qu’ils sont utilisés en moyenne deux à trois semaines seulement. Pour la Sécurité sociale, cela représente 500 millions d’euros de dépenses chaque année : le potentiel économique et écologique est immense. La santé et les dispositifs médicaux sont soumis à une réglementation stricte.
Quelles répercussions cela a-t-il sur votre activité ?
C. C. Depuis mars 2025, un décret autorise officiellement la remise en bon état d’usage des dispositifs médicaux. C’est une avancée majeure qui va permettre à des centres comme le nôtre d’obtenir une nouvelle certification Afnor, qui est en cours de finalisation. Des arrêtés préciseront les produits concernés et la Sécurité sociale prévoit un nouveau cadre incitatif pour leur prise en charge.
Avez-vous dû créer un nouvel outil industriel ?
C. C. Notre atelier nantais est équipé pour trier, nettoyer, réparer, désinfecter et tester les dispositifs, avec une traçabilité complète et une nouvelle identification unique pour chaque produit reconditionné. En revanche, nous mutualisons les flux logistiques existants, notamment ceux des pharmacies et établissements de santé, pour limiter les coûts et l’impact environnemental.
Nous nous assurons que les produits reconditionnés sont d’aussi bonne qualité et présentent les mêmes caractéristiques que des produits neufs
Comment le CHU de Nantes accompagne-t-il Redeem Medical ?
Étienne Bendjebbar. Nous avons d’abord travaillé sur la collecte. Trois bornes ont été installées sur nos différents sites, après avoir cartographié les gisements. Cela représente déjà près d’une tonne de dispositifs récupérés en un an. Et Redeem a pu travailler ses processus de collecte et juger de la pertinence de ce qui était collecté. Nous avons aussi un rôle de contrôle qualité. Nous nous assurons que les produits reconditionnés sont d’aussi bonne qualité et présentent les mêmes caractéristiques que des produits neufs. C’est une forme d’étude de similarité.
Comment favorisez-vous l’adoption de ces réflexes par les patients ?
C. C. Nous fournissons des affiches, distribuons des prospectus dans les salles d’attente, mais le plus efficace reste l’information transmise par les médecins et chirurgiens, qui deviennent nos meilleurs représentants. Très vite, nous nous apercevons que les patients rapportent spontanément leur attelle, propre, dans sa boîte et avec la notice.
É. B. La caution des chirurgiens et des médecins nous fait aussi bénéficier d’un vrai crédit. Ce sont de véritables ambassadeurs de la démarche.
Ces bornes pourraient-elles être installées dans d’autres établissements ?
C. C. Oui, elles sont déjà déployées dans des pharmacies. Nous visons 2 000 points de collecte en France d’ici trois ans, pour structurer une filière nationale robuste.
É. B. Nous espérons développer de nouveaux points de collecte et récupérer des produits différents. Nous réalisons la preuve de concept en interne, mais nous souhaitons vraiment déployer notre modèle de collaboration dans d’autres CHU.
Propos recueillis par Sasha Alliel
