Identifier et structurer les données médicamenteuses. Pososa pour ambition de devenir la base de données du médicament, l’injectant directement dans les logiciels métiers des établissements de santé. Un défi de taille que nous présentent Timothée Perache, CommercialLead, et le Dr Pierre Aubertein, du Médipôle Lyon-Villeurbanne.
À quel besoin précis avez-vous cherché à répondre avec cette collaboration ?
Timothée Pérache. Quand un patient arrive aux urgences, le médecin qui le prend en charge doit avoir connaissance de son traitement et le renseigner dans son logiciel, afin d’en assurer le suivi. Pour cela, nous avons développé le « scan intelligent d’ordonnance ». À partir d’une photo ou d’une dictée vocale, il reconnaît et structure la donnée médicamenteuse – molécule, forme, dose, posologie – grâce à notre propre base de données du médicament, pour l’intégrer au dossier patient informatisé ou au logiciel métier.
Pierre Aubertein. Nous évoluons dans un environnement où notre temps est contraint. L’enjeu est de l’optimiser tout en assurant la continuité des soins. Le scan va au-delà de la reconnaissance, il identifie le traitement et s’interconnecte avec la base médicamenteuse de l’hôpital. Cela libère du temps et sécurise la prescription.
Comment avez-vous constitué cette base de données du médicament ?
T. P. Pendant quatre ans, une cinquantaine de pharmaciens ont annoté manuellement les traitements et leurs indications. Nos algorithmes d’IA ont permis d’accélérer et d’industrialiser ce travail, ce qui explique ce temps record. Particularité de Posos : la base est entièrement structurée en codes issus de nomenclatures internationales, comme la Snomed, ce qui la rend à la fois extrêmement précise et facilement exportable.
Nous nous assurons une meilleure sécurité et qualité de soin pour le patient. Selon moi, c’est la meilleure utilisation de l’IA
Cette solution amène-t-elle à repenser la prescription médicale ?
P. A. Complètement. La finesse de la donnée médicamenteuse permet une analyse pharmaceutique. Elle identifie des situations à risque, parfois passées inaperçues ou tolérées par habitude. Elle offre aussi la possibilité de proposer rapidement des options alternatives en cas d’intolérance ou de rupture de stock, tout en garantissant l’absence de nouveau risque. De cette manière, nous nous assurons une meilleure sécurité et qualité de soin pour le patient. Selon moi, c’est la meilleure utilisation de l’IA.
Une interopérabilité entre les outils est-elle envisageable pour assurer le partage de l’information grâce à la structuration de la donnée ?
P. A. C’est un sujet très complexe. Le patient reste dépositaire de son secret médical. L’interopérabilité suppose avant tout sa préservation, ainsi qu’une rigoureuse protection des données de santé. À ce jour, nous n’avons aucun interfaçage de données de santé entre le Médipôle et les Hospices civils de Lyon. Les patients sont amenés à osciller entre le public et le privé, avec des conséquences possibles quand les derniers traitements n’ont pas été mis en place.
T. P. Les autorités de santé ont clairement exprimé leur volonté d’avancer vers un meilleur partage des données, dans le respect du RGPD et de la confidentialité médicale. Mais les freins sont aujourd’hui techniques, financiers et réglementaires. La structuration de la donnée est la condition indispensable pour lever ces obstacles.
Propos recueillis par Sasha Alliel
