Mieux cibler les cellules tumorales par illumination laser, telle est l’approche développée par Hemerion afin de réduire les risques de récidive tout en allégeant le parcours de soins. Son fondateur, Maximilien Vermandel, nous détaille le fonctionnement du dispositif et les perspectives qu’il ouvre.

Hemerion associe un médicament et un dispositif médical. Pouvez-vous détailler son fonctionnement ?

Maximilien Vermandel. Notre technologie permet de détruire les cellules tumorales résiduelles qui échappent à la chirurgie, et sont à l’origine des récidives du cancer. Notre approche consiste à donner au patient un médicament dit photosensibilisateur, c’est-à-dire qu’il va rendre photosensibles les cellules tumorales. Au terme de la chirurgie, le praticien utilise notre dispositif médical, qui est une source de lumière qui active ce photosensibilisateur. Partout où la lumière pénètre, nous déclenchons un phénomène photochimique qui ne détruit que les cellules tumorales, sans aucun impact sur les cellules saines. Cette destruction sélective vise à réduire significativement les risques de récidive.

Quels bénéfices cliniques apporte votre solution par rapport aux traitements actuels ?

Nous avons déjà un programme clinique avancé pour le glioblastome, le cancer cérébral le plus fréquent et le plus agressif. Ce cancer récidive en six ou sept mois, à cause des cellules tumorales situées en bord de cavité opératoire qui ne peuvent être enlevées. Le traitement standard consiste ensuite en une radiothérapie associée à une chimio pendant plus de six semaines. Notre procédure ne dure que 30 minutes, et a lieu pendant l’opération chirurgicale. Il devient possible d’imposer un nouveau paradigme en oncologie, notamment en limitant le recours à la radiothérapie. Cela revêt un double attrait : améliorer la qualité de vie des patients et soulager les contraintes sur une partie du système de santé. Les premiers essais cliniques ont démontré un taux de survie de 40 % à 5 ans, contre 5 % avec le protocole de soins actuel. C’est un signal très prometteur !

Il devient possible d’imposer un nouveau paradigme en oncologie, notamment en limitant le recours à la radiothérapie

En quoi votre collaboration avec le CHU de Lille a-t-elle été déterminante dans le développement d’Hemerion ?

Avant de fonder Hemerion, je travaillais déjà dans la recherche et le soin comme hospitalo-universitaire au CHU de Lille. Il en va de même pour les autres cofondateurs, issus de la recherche médicale à l’Inserm, le CHU et l’Université de Lille. Cette proximité a permis un premier essai clinique qui a éprouvé notre concept. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec des neurochirurgiens et les équipes soignantes, afin de développer une technologie aisément adoptable et s’intégrant facilement dans le standard de soins.

Quelles sont les prochaines étapes pour Hemerion ?

Nous officions tout à la fois dans le monde du médicament et du dispositif médical. Le produit double est bien défini dans le contexte réglementaire américain. Nous avons d’ailleurs mis en place un essai clinique avec l’University of Pittsburgh Medical Center, le plus grand centre de formation des neurochirurgiens aux États‑Unis. En Europe, nous visons une obtention du marquage CE à l’horizon 2027-2028 et le lancement sur ces deux marchés en 2030. Nous travaillons également à l’adaptation de notre thérapie à d’autres cancers.

Propos recueillis par Sasha Alliel

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